Albert Dehaine est né en 1934 à Saint Saulve près de Valenciennes où il fit des études classiques.

Après avoir obtenu le baccalauréat, il prépara une licence de russe à la faculté des lettres de Lille.

En 1958, il partit faire son service militaire qui dura vingt-sept mois dont douze mois en Algérie.

Dès son retour, il fut embauché à Lorraine escaut (usine de fabrication de tubes en acier provenant de Lorraine) en tant que traducteur en Russe, en Allemand et en diverses langues européennes qu'il avait apprises « pour son plaisir ».

Il était en effet passionné de linguistique, mais désirant un travail plus proche de la vie, il entra en 1968 à l'éducation nationale. Il enseigna le russe en classes de lycée et le français au collège tout en préparant le CAPES de lettres modernes. Puis il fut affecté définitivement au collège de Vieux Condé. C'est alors qu'il acheta en 1974 une maison à Condé, toute proche du château de Bailleul dont les tourelles couleur d'ambre au soleil couchant, étaient visibles du jardin.


















Très vite il se passionna pour cette petite ville, séduit par le charme de ses remparts herbeux, ses eaux dormantes, ses tours massives et son fier château. Il brûlait de découvrir les secrets que cachaient ces témoins d'autrefois.

Il se rendait souvent au syndicat d'initiative dont à l'époque s'occupait Monsieur Jean Claude Joly.

Tous deux, ainsi que de nombreux volontaires de Condé organisèrent défilés et cavalcades dans les rues de la ville où l'on admirait Dames et Seigneurs de Condé revêtus de somptueux costumes du Moyen Âge.

Albert Dehaine rêvait de découvrir les cryptes de la Collégiale détruite à la révolution située sur la place verte. Peut-être découvrirait-on aussi la tombe du célèbre musicien Josquin des Prés, chanoine de la collégiale, qui mourut à Condé.

Avec l'accord de Monsieur le Maire, les fouilles furent entreprises l'été 1985 sous la direction d'un archéologue venu de Lille. Infructueuses au début, elles dévoilèrent enfin une très belle dalle en pierre de Tournay noire et luisante. Le gisant était très finement gravé. Cette dalle datait du XIV ème siècle. Ces fouilles n'avaient peut-être pas révélé tous leurs secrets, lorsque des ordres venus d'en haut lieu exigèrent de tout recouvrir.

Ce fut une grande déception pour Albert Dehaine et tous ceux qui avaient travaillé avec ardeur. Il devient président de l' archéolocale en février 1986.









Cette société de recherches historiques ressuscite chaque année un moment de l'histoire locale sous forme de tableaux joués par ses membres et ceux qui s'intéressent au passé de Condé. Le dernier dimanche d'avril, «  Journée des villes fortifiées », Condé prend un aspect insolite: d'étranges personnages se dirigent en hâte vers les remparts, des coups de canon font se sauver lapins et oiseaux, mais attirent les enfants et leurs parents.

Des péripéties de l'histoire de Condé sont racontées et jouées de façon vivante et attrayante. Certaines ont laissé un souvenir impérissable: tel le procès d'un supposé traitre sous la convention, ou encore la reddition des autrichiens à Condé annoncée à Paris par le télégraphe de Chappe dont une reproduction fut réalisée avec une rigoureuse exactitude.

Albert Dehaine nous a quitté un triste soir de novembre 2001, après deux ans de maladie.

Il était un peu déçu par ce monde actuel qu'il ne comprenait plus vraiment, tant il se plaisait en la compagnie de Josquin des Prés, des Seigneurs de Condé, du Maréchal de Croÿ, de tous ceux qui, autrefois, avaient façonné la riche histoire de cette petite ville qu'il aimait tant.

Il disait volontiers «  Je suis plus condéen que ceux qui y sont nés, car Condé, c'est moi qui l'ai choisi. »


C. Dehaine


Par l’universalité de sa culture, Albert Dehaine a laissé ,auprès de tous ceux qui l’ont côtoyé, un vide qui n’est toujours pas prêt de se combler et, paradoxalement , à travers lequel il reste présent parmi eux.

C. Baudour

Président de l'archéolocale

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